La punition et la récompense

       baton carotte

      Punitions/récompenses, menaces/promesses, critiques/compliments, comparaison et compétition entre les enfants… des violences quotidiennes qui vont à l’encontre de l’excellence – c’est à dire « le meilleur du meilleur » de soi-même et non pas du groupe – fabriquant des « perdants » toujours plus nombreux que les « gagnants » et réduisant par conséquent la puissance collective (et unitaire) de l’excellence.

Ces stratégies sont appliquées généralement dans les familles (NDLR : ou les foyers) en conséquence directe du fait qu’elles sont inscrites dans les pratiques de l’école et du système social à grande échelle. Ces pratiques sont non seulement inefficaces mais elles sont aussi contre-productives.
Pourtant, lorsque j’interviens dans une conférence ou que j’anime un atelier, il y a souvent des participants prêts à défendre avec véhémence les punitions – ou les récompenses, l’une n’allant pas sans l’autre – les promesses et les menaces, la comparaison et la compétition en vantant leurs mérites éducatifs en termes de « discipline », de « goût de l’effort », de « réussite sociale », d’« adaptation » etc.. C’est pourquoi il me semble important d’expliciter ce pourquoi ces pratiques sont à proscrire.

      Si les punitions et les récompenses peuvent être efficaces pour le dressage (le conditionnement comportemental), elles ne fonctionnent pas pour élever des enfants ni même pour les instruire, parce que ces pratiques coercitives à forte composante émotionnelle inhibent l’intelligence qui permet d’assimiler et de s’approprier les savoirs, d’une part.
Il en résulte que ce que les enfants qui subissent ces modes de fonctionnement apprennent de bon, ils l’apprennent malgré cela et non pas grâce à cela. En effet, on peut obtenir une motivation à court terme et des réflexes en punissant un enfant ou en le gratifiant, on l’empêchera par exemple de s’exprimer ou on l’incitera à ranger sa chambre pour avoir une pièce d’argent (ou une sortie) mais jamais on ne lui apprendra véritablement à faire (ou ne pas faire) ce que l’on veut lui apprendre : dès que la punition cessera (ou la gratification), on reviendra au point de départ.
Les études montrent même que, dans le cas d’une récompense, on constate que l’arrêt de celle-ci entraîne une démotivation supérieure à la motivation du sujet à qui on n’a pas promis de récompense au départ de l’action. Cela signifie qu’on apprend à l’enfant à fonctionner sous la tutelle d’une menace ou d’une promesse sans lesquelles il lui sera difficile d’avancer de manière autonome. On comprend dès lors la violence qui préside à nos organisations sociales.

      D’autre part, sauf à prendre le risque de brimer les enfants et de devoir supporter les conséquences émotionnelles d’une alternance de frustration et de peur quasi permanente et dont l’intensité va crescendo, la méthode « punition/récompense/menace/promesse » pousse les parents (NDLR : et les professionnels) à devoir « fermer les yeux » sur certains dysfonctionnements ou à abandonner certaines des mesures éducatives qu’ils voudraient faire passer, ou même à se désengager de leur autorité afin d’éviter d’avoir à punir trop sévèrement ou trop souvent, ou à l’inverse de ne pouvoir récompenser à la hauteur de ce qu’il faudrait pour obtenir ce qu’il ont décidé, ou encore de se préserver eux-mêmes de l’épuisement lié à un contrôle permanent. Par conséquent, contrairement aux idées reçues, éduquer sans punir et sans récompenser est beaucoup plus cadrant et sécurisant pour les enfants, ce qui permet de pousser la discipline plus loin que les méthodes coercitives.

      Enfin, s’il est un effet pervers des punitions/récompenses et de la compétition c’est celui d’ancrer les apprentissages sur ses conséquences individuelles (et autocentrées) et pas sur celles qui touchent les autres (ou l’environnement). Cela signifie qu’on transforme les aptitudes naturelles des enfants à la compassion en compétences concurrentielles, au risque de produire des générations d’irresponsables sans autre morale que celle du profit individuel et dont la vie sociale est dénuée d’empathie : une armée de soldats prêts à punir et à réprimer eux-mêmes la créativité, la richesse, l’innovation, donc l’excellence.
Un système délétère dont la finalité est de maintenir la domination coercitive par un nivellement par le bas… N’est-ce pas déjà ce que nous faisons ?

Auteur du texte : Laurence Dudek, psychothérapeute*

Si vous avez mis des pratiques en place dans vos structures, en alternative à la punition ou au tableau des récompenses\privilèges, je suis friande de vos témoignages…à vos commentaires.

*Merci à elle de m’avoir permis de publier son article

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