A mort « les handicapés »

Nick

Comment ça à mort les handicapés !! Nan mais elle va pas bien l’auteure !

Mais nonnnn cet article à pour thème la mort de l’EXPRESSION « les handicapés », encore très utilisée.
C’est un twitt de journaliste d’un média connu, qui a publié un article en notant « blablabla….pour les handicapés », qui m’a fait réagir et du coup tadaaam, un article (ça faisait un bail en plus ça tombe bien).

Ouf on est sauvés, personne ne veut tuer du mongol, heu pardon….de personnes handicapées, le sérieux n’empêche pas de rire un ptit coup ou pas…m’en voulez pas si vous n’avez pas le même humour, merci, s’il vous plait,  à vot bon coeur.

Mais attendez, ça se dit pas « les handicapés » ? Et pourquoi donc Madame ?

Après tout,  les mots, on s’en fiche, le plus important c’est de respecter ces personnes non ?  Et bien pas tout à fait, c’est un peu plus complexe, et pour cela, il est important savoir d’où vient ce terme, comment il a évolué, et d’en connaître le sens. Et surtout de savoir ce qu’il a de plus positif dans les expressions « une personne handicapée » ou « une personne en situation de handicap ».

D’où vient l’expression ,  professeur connecté ?

Le mot handicap vient des britanniques.
Au départ, c’est un jeu de commerce anglais, décrit par Piers Plowman, au XIV e siècle, le « hand in the cap » (main dans la casquette).
Les règles de ce jeu sont assez complexes et impliquent trois personnes  deux parieurs et un arbitre, qui mettent des objets et de l’argent en jeu. Et l’argent est dissimulé dans la main, la main ensuite cachée dans le chapeau, d’où l’expression.

Au XVII e siècle, le jeu s’étend aux courses de chevaux (handy-cap match). On parie la main dans le chapeau et l’arbitre devient le « handicapper ». Pour égaliser les chances, les meilleurs chevaux portent plus de poids que les moins bons.
Petit à petit ces courses de chevaux gagnent en popularité et on les appelle handicap race, ou juste handicap. Si au début le terme ne se réfère qu’à la course, il évolue métaphoriquement parlant, jusqu’à devenir une expression qui exprime le désavantage.

Et en 1915, badaboum, sur une photo apparaît une légende : The Handicapped Child (l’enfant handicapé). L’utilisation du mot prend un nouveau sens.

Les différents termes employés dans l’histoire

Si aujourd’hui les associations ou les professionnels du travail social préfèrent utiliser l’expression « une personne en situation de handicap« , nous avons dans les pays francophones utilisés des mots, qui aujourd’hui ne s’emploient plus.
Lorsque j’étais en stage dans une structure pour adultes avec une déficience intellectuelle, j’ai par exemple retrouvé, dans d’anciens rapports (datant de plus de 20 ans en arrière) le mot « débile », employé par un psychiatre.
Certains autres mots étaient utilisés, dans le travail social ou médical, à travers l’histoire : aliéné, estropié, fou, impotent, paralysés, déviant etc.

Pourquoi évoluer vers d’autres nominations

Il y a des millions de handicaps : visuels, sensoriels, physiques, psychiques, intellectuels, et j’en passe.  En quelque sorte, nous sommes tous handicapés par quelque chose au cours de notre vie :  un bras cassé, un deuil, une dépression, une perte auditive. Et nous le deviendrons tous (oh merde c’est pas gai dites donc, je n’étais pas censée être positive ?).

Romain, qui a des troubles autistiques, a un handicap, il n’EST pas un handicap, ni un « handicapé ». Il a juste des façons différentes d’évoluer, de communiquer, de réagir, et également des qualités et compétences, qui sont sur certains points, biens supérieurs , à la norme.

En outre, le handicap dépend du contexte environnemental et sociétal.
Mettez les personnes voyantes dans une maison plongée dans le noir avec une personne qui n’a plus la vue depuis sa naissance, et là ? Qui a le handicap ?

Si vous avez la jambe cassée pendant plusieurs mois, je doute que vous appréciiez que l’on vous appelle « jambe cassée » à tout va, ça c’est bon pour les indiens (nan je déconne c’est raciste ça).
Pour la même raison, on n’utilise plus « sourd-muet », d’abord parce que beaucoup de personne très malentendantes ne sont pas muettes, et inversement. Et on n’est pas UN sourd muet, on est une PERSONNE malvoyante, ou malentendante.

La façon dont nous parlons des gens est aussi signifiante que la façon dont nous les respectons, nous les accompagnons, nous les voyons, et nous les prenons en compte. En tant que travail social, ou en tant qu’ami, voisin, passant etc.
Les mots ont une histoire, une symbolique.
Il faut du temps, certes,  et le terme « un handicapé » est parfois toujours présent, sur des panneaux, dans la littérature, dans certains articles, dans la bouche même des personnes handicapées d’ailleurs, qui parfois n’en ont rien à faire de comment peut bien les nommer, et nous encouragent à pousser la réflexion plus loin encore.

Les mots sont des fenêtres, ou bien ils sont des murs
                                                            –Marshall Rosenberg-

N-B : je vous invite à découvrir la personne dont le portrait illustre cet article Nick Vujicic, il est drôle, inspirant, et fait des conférences dont le monde entier. Ah oui, il n’a pas de bras, ni de jambes, et est loin d’être…. »un handicapé ».

4 réflexions au sujet de « A mort « les handicapés » »

  1. Très clair et précis ton article, avec de l’humour, cela ne fait pas de mal. J’ai un handicap, selon les circonstances. Là, en t’écrivant, je n’ai pas ce handicap puisque je ne sollicite pas l’ouie que je n’ai pas. (C’est clair, là?).
    Merci pour ce partage. :-)

    1. là ou au Quebec, on parle de « personnes remarquables » ou « autrement capables »; Saûl KARSZ parle, sans son ouvrage « pourquoi le travail social », de la « prise en compte » de la « personne socio désirante »

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