Après des attentats : Éduquer, résister, œuvrer pour la non violence

NonViolence

Suite aux attentats du 13 novembre à Paris, j’entends beaucoup de travailleurs sociaux, sur différents réseaux, se soucier de l’accompagnement qu’ils pourront réaliser auprès des enfants ou adultes, sur leur lieu de travail. Beaucoup se soucient également de  l’avenir : quel monde allons nous  laisser aux enfants ?

Comment traite-t-on la parole autour d’un événement comme celui-ci ? Mais au delà de ça, quels supports peuvent servir à continuer de résister.
Comment œuvrer chaque jour dans les structures auprès des enfants, pour les accompagner à « s’armer ».

Je vous propose quelques outils concrets ou de réflexion.

Prendre soin de soi

Exprimer ses propres ressentis à travers les supports qui nous sont adaptés : parler avec des proches, trouver des groupes de soutiens, parler à un thérapeute, danser, dessiner, écrire, méditer, rire, pleurer….faire sortir les choses. Prendre du temps pour soi.
Un travailleur social qui s’occupe de soi est ensuite plus disponible pour les autres.

Mieux s’informer 

En effet, à chaque fois qu’un événement comme celui-ci se produit, des fausses informations surgissent sur la toile. Il est alors nécessaire de vérifier les données. Surtout lorsque certaines servent à propager la haine ou desservent des intérêts politiques.
Le site HoaxBuster  est un incontournable sur les informations erronées. On peut aussi  tout simplement taper sur son moteur de recherche l’information, suivi des mots « Hoax, faux, arnaque ». Par exemple, taper sur google :   » Empire State Building en bleu blanc rouge, hoax, faux, arnaque ».
20 minutes a publié un article sur les fausses allégations qui ont circulé après les attentats.

Il y a quelques années, j’ai vécu les conséquences d’une fausse nouvelle. Une connaissance m’a téléphoné pour m’informer de la mort d’un ami. Celui-ci était dans le coma, le diagnostic était très critique, l’information a mal circulé, et s’est transformée. Celui-ci n’était pas mort, et est aujourd’hui bien vivant et souriant.
Multiplier ses sources  est aussi important dans la vie personnelle, que professionnelle, ou face à un événement de grande envergure.

Connaître pour comprendre

Développer ses connaissances sur ce qui se passe, pour mieux comprendre les causes, et les conséquences à venir.  D’abord pour soi-même, et aussi pour mieux transmettre ensuite. On ne peut pas débattre d’un événement, et encore moins résister, face à quelque chose d’aussi complexe que le terrorisme et la menace de guerre, sans analyser un minimum le « pourquoi du comment ».
En ce qui me concerne, le documentaire Daech, naissance d’un État terroriste, diffusé sur Arte en début d’année, m’a aidé à renforcer mes connaissances sur le conflit en Syrie. Attention, comprendre est différent de justifier, la compréhension sert à mieux œuvrer afin de ne pas répéter les mêmes erreurs, non à comprendre pour mieux pardonner….quoi que, le pardon est un outil puissant dans la non-violence.

Un autre documentaire, La France a peur du grand méchant monde, aide à expliquer les mécanismes des médias et de la peur, face aux grands événements ou concepts (chômage, réchauffement climatique, terrorisme etc). NDLR: au début, le documentaire parait étrange, les journalistes sont cagoulés, bizarre, mais il est bien documenté, et très intéressant. Pour ma part, il a changé ma façon de regarder la télévision (enfin quand elle est allumée).

L’écoute active des questions des enfants

Il est important de savoir écouter, avant d’apporter des réponses rassurantes.

Lorsqu’un sujet de discussion est tabou et non parlé (tu es trop petit pour comprendre, c’est trop compliqué, tu comprendras plus tard, on ne parle pas de ça ici….) il devient un non-dit, exempt de tout travail de prévention et d’expression des ressentis, voir des angoisses, de la personne accompagnée.

Faire mettre  en mots permet de reformuler, d’être conforté sur ce que l’enfant veut exprimer. Il peut alors également extérioriser ses craintes. 

La première chose à faire quand l’enfant pose une question ou une réflexion, est de lui demander ce qu’il sait, ce qu’il en a compris, comment il imagine la chose.

Écouter, c’est surtout laisser à l’autre le temps et l’espace pour trouver la voie qui est la sienne.

On peut pour cela pratiquer l’écoute active.

– Tu sais il va y avoir la guerre en France !!
– Ah oui ?
Oui c’est François Hollande qui l’a dit
– Qu’est ce que tu as entendu sur cela ? ou Et toi tu en penses quoi, tu penses que
c’est vrai ?

– Est ce que les terroristes vont venir dans notre ville ?
– C’est quoi pour toi un terroriste ?

Lorsqu’on est soi-même mal à l’aise avec un questionnement, on peut orienter l’enfant vers une autre personne, un livre, une vidéo, la réunion d’enfants. Il est également possible de différer la réponse: « je vais te répondre, mais il faut que je me renseigne avant ».

Nous avons également le droit d’exprimer ce mal être : « c’est difficile pour moi de parler de cela maintenant, car je suis vraiment très triste, mais je vais voir avec qui tu peux en discuter », « Je ne suis pas trop à l’aise avec ce sujet, mais je connais un livre qui pourrait t’intéresser si tu veux, on peut le regarder ensemble ».

Dans un deuxième temps, il nous faut rassurer : « tu es en sécurité ici », expliquer, et créer de nouveaux espaces d’expression. En restant positif, et en faisant attention à ne pas projeter ses propres angoisses sur les enfants.
Concernant les attentats du 13 novembre, de nombreuses ressources sont apparues assez rapidement. Le magazine Astrapi diffuse gratuitement un PDF, sur deux pages, que vous pouvez imprimer afin de proposer de l’afficher au travail, ou de l’utiliser comme support de discussion.
Voici ce pdf :  Les attentats du 13 novembre expliqués aux enfants

Créer des espaces d’expression

Les espaces d’expression de l’enfant sont nécessaires sur nos lieux de travail. D’autant plus lorsque le sujet est grave.

Pour aborder le sujet, nous pouvons nous saisir des moments où nous sommes seuls avec eux, ou en petit groupe, là où nous sentons que le lien est propice à la discussion. Par exemple au moment du couché, pendant l’accompagnement à la douche, pendant un bricolage, dehors près de la balançoire, lors d’une ballade etc.

Nous pouvons réunir tout le groupe d’enfant, pour créer un espace d’expression avec bâton de parole.

Nous pouvons leur permettre d’exprimer leurs ressentis à travers un dessin, une peinture, des écrits. Ici un exemple d’art thérapie, que je partage car il ne nécessite aucun matériel, juste une ballade en forêt et éventuellement un appareil photo : le Land Art.

En parler en réunion pluridisciplinaire, en analyse des pratiques, en supervision

Parler de soi et de ses difficultés permet de mettre en mots ses ressentis, de témoigner de quelque chose que quelqu’un d’autre à peut-être aussi vécu, de faire circuler la parole,  d’avancer sur une difficulté, d’avoir du soutien, de nouvelles idées.

« L’analyse de pratiques s’attache à tresser les manières de faire, avec le repérage de l’éprouvé et du dire. C’est un moment mis à profit pour suspendre momentanément la précipitation à agir et à réagir, pour surtout ne pas se laisser aller aux prescriptions et aux recommandations. Doutes et fragilités des savoirs constituent son principal socle. Son axe essentiel nécessite de se défaire de la gamme des idéaux de bienveillance, de transparence et d’expertise et d’accepter les entrecroisements transférentiels qu’induit toute relation humaine. Il n’y a pas ici transmission de concepts théoriques de la part de l’intervenant, mais des praticiens partant de leur propre expérience et se positionnant dans une logique de producteur de savoirs. C’est l’occasion de se ressourcer, dans un espace permettant de penser pour agir, mais aussi d’agir pour continuer à penser. » (source)

Continuer (ou commencer) à militer

Pour plus d’espaces d’expression et de circulation de la parole des enfants ou personnes accompagnées.
Des enfants qui ont des espaces d’expression où ils peuvent parler de la culture des autres, de la tolérance, de la différence, des religions, de la liberté d’expression, de la solidarité, de leurs conflits, sont des enfants susceptibles de grandir et d’être des adolescents ou des adultes avec un réflexe de protection plus grand face aux influences violentes, voir de radicalisation.

Pour le travail autour des émotions des enfants
L’accompagnement et le travail sur les émotions est essentiel. Les émotions interviennent de façon quasi essentielle dans le développement des habiletés sociales, en plus de permettre aux enfants de comprendre le monde qui les entoure et de prendre en considération les autres enfants.

Nos connaissances sur le sujet, notamment améliorées grâce aux avancées en neurosciences, ou au concept d’éducation positive et bienveillante, entre autre portés par Isabelle Filliozat ou Catherine Gueguen, nous permettent aujourd’hui de passer à une nouvelle ère. Accompagner l’enfant de manière positive, dans l’acceptation de ses sentiments. Aujourd’hui, tendre ses bras dans un « tu as le droit d’être triste » remplace le « sois fort, ne pleure pas, ce n’est rien » d’antan.

Des outils autour des émotions : sociodrame, forum civique, réunion d’enfants à thème, Art thérapie, roue des émotions, théâtre, yoga pour enfants, méditation pour enfants, communication non violente, écoute active.

Continuer à œuvrer pour la paix

Je termine en vous laissant en compagnie de cette vidéo d’un extrait d’un film de Charlie Chaplin, qui me parle beaucoup en ce moment. En espérant que tous ces outils serviront à une cause qui me tient beaucoup à cœur : faire grandir des enfants plus connectés avec eux-mêmes, avec les autres, et qui plus tard auront l’envie d’œuvrer pour la paix  et la non violence, plutôt que pour la haine.

3 réflexions au sujet de « Après des attentats : Éduquer, résister, œuvrer pour la non violence »

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