La sanction : petites méditations à l’usage des éducateurs

Le thème de la sanction me tiens beaucoup à cœur.
Dans la pratique, je cherche le plus possible à ne plus utiliser le mot punir ou punition, et à appliquer ce qu’on appelle la sanction éducative et positiveJ’ai donc choisi ce livre, lors d’un exercice « fiche de lecture », pendant ma formation de Moniteur Éducateur.

La sanction : petites méditations à l’usage des éducateurs, Éditions l’Harmattan, 1997, Eirick Prairat.

La sanction - petites méditations à l’usage des éducateurs

L’auteur

Eirick Prairat a enseigné la philosophie puis les sciences de l’éducation. C’est un  conférencier dans de nombreux instituts et universités.
Ses travaux philosophiques et historiques portent sur la question de la sanction, des normes et plus largement sur les enjeux éthiques du travail enseignant.
Ses écrits sur la sanction éducative sont aujourd’hui bien connus ils ont notamment inspiré les réglementations scolaires française et luxembourgeoise. Il a publié une quinzaine d’ouvrages.

Le livre

Dans la première partie, on trouve des repères historiques sur ce qu’était la punition (plus particulièrement scolaire) et son évolution dans le temps.
Quelques grandes réflexions de philosophes ou sociologues (Rousseau, Kant, Durkeim etc) à propos de la punition illustrent cette évolution.

Dans la deuxième partie, Eirick Prairat nous parle de la notion « éduquer« , ainsi que de l’autorité, du conflit et de la sanction éducative.

La partie historique est très intéressante. En effet, c’est important de se rappeler d’où l’on vient et de constater l’évolution de la prise en compte de l’enfant. Cela impose également, lorsqu’on parle de la sanction, de contextualiser les choses. Alors que auparavant, l’enfant était surtout pensé par rapport à l’adulte, aujourd’hui, il est considéré comme un sujet à part entière, possédant des compétences réelles d’un point de vue cognitif, social et affectif. 

On entend souvent « j’ai reçu le martinet, des gifles, je suis allé au coin, et je m’en porte bien ». Or, la société dans laquelle évoluaient martinets et compagnie n’est en aucun cas comparable avec la société actuelle : la composition de la famille n’est pas la même, la place de la mère, de la femme et de l’homme n’est pas la même, la place de l’enfant non plus. Et l’autorité ne se manifeste plus de la même manière. Le temps du « tu fais ce que je dis parce que c’est comme ça, c’est moi l’adulte et puis c’est tout » est révolu.
Arrêtons les « c’était mieux avant ». Parce qu’avant, en travail social, on appelait aussi les personnes en situation de handicap mental les « débiles », et avant, on donnait aussi des coups de règles aux enfants à l’école. Je ne sais pas pour vous, mais pour ma part, retourner en arrière , non merci.

Voici ce qu’il m’a semblé important de retenir de ce livre :

La sanction, éléments importants

  • La sanction est une ouverture à la médiation. Elle prépare l’enfant à devancer de façon symbolique les sanctions de la vie.
  • Il y a un discours qui dit que l’autorité serait naturelle : « on l’a ou pas » mais cela est faux, l’autorité s’apprend.
  • Éduquer, c’est aussi savoir s’effacer.
  • L’autorité éducative est ce à quoi l’enfant peut se référer pour pouvoir se situer et s’orienter. Non dans la copie ou imitation mais dans le sens de le renvoyer à lui-même. Un peu comme un ouvrage de référence dans lequel on puise des idées, des intuitions, et des orientations, ce qui n’empêche pas d’avoir une pensée personnelle.
  • Il importe toujours de rétablir les limites, de reformuler à chaque fois les interdits. Même si on renonce à une sanction, ou qu’on ne peut pas l’appliquer, il ne faut pas garder le silence sur ce qu’il s’est passé. A chaque fois, nous avons à signifier que l’acte a été entendu, et son responsable reconnu.
  • La sanction est individuelle et s’adresse à un individu et non à un groupe.
  • La sanction s’adresse à l’acte et non à la personne : il a cassé la chaise, il n’est pas un « casseur ».
  • Toute sanction appliquée doit être expliquée, sanctionner sans s’assurer que la sanction soit comprise c’est tout simplement sévir.
  • Il convient d’en finir avec les pratiques humiliantes. On ne fait pas grandir en faisant honte.
  • LA SANCTION EXEMPLAIRE N’EXISTE PAS

Pour aller plus loin, voici un article paru sur le journal « Lien social » : Le sens de la sanction dans l’action éducative

2 réflexions au sujet de « La sanction : petites méditations à l’usage des éducateurs »

  1. Bonjour Isabelle,

    Je me permets de reproduire ici, un extrait d’un petit texte que j’ai publié sur les réseaux sociaux. Il me semble qu’il vient parfaitement appuyer ce que tu écris et même peut-être compléter un peu :

    « La punition est une peine qu’on inflige à quelqu’un parce qu’il a transgressé une règle ou qu’il ne se comporte pas comme on l’attend. Elle peut être une privation (puni de console, de sortie, etc.) ou un châtiment corporel (claque, fessée, etc.) et parfois elle peut être les deux à la fois. Elle « fonctionne » généralement, à court terme, avec les jeunes enfants qui ont peur des punitions. Mais au grand désespoir des parents, malgré les punitions, les enfants recommencent, ils n’intègrent pas pourquoi ils ne doivent pas agir de la sorte. Et lorsqu’ils grandissent les punitions leur font de moins en moins peur, jusqu’à ce qu’ils se sentent plus fort physiquement que leurs parents. A ce stade ils ne craignent plus leurs parents.
    Et c’est toute la différence entre des parents qui font autorité, c’est-à-dire qu’ils respectent et sont respectés par leurs enfants, et des parents autoritaires qui sont craints par leurs enfants.
    La seule voie possible est la sanction éducative, qui condamne le comportement de l’enfant et pas l’enfant lui-même (ce n’est pas la même chose de dire à un enfant « tu a commis un vol » et « tu es un voleur ») ! Toute sanction doit avoir un sens avec ce qu’a fait l’enfant pour qu’il intègre l’interdit et elle doit comporter une réparation.
    Et définir une sanction, la poser et la tenir c’est très difficile ! Cela demande de prendre le temps d’y réfléchir, souvent à plusieurs, et de faire preuve de créativité. Dans l’éducation spécialisée, les équipes d’éducateurs passent parfois une heure en réunion pour décider d’une sanction à appliquer à un enfant ! ».

    Une fois qu’on a dit cela… c’est bien… mais concrètement que fait-on ?
    Peut-être faut-il se mettre d’accord sur ce qu’il ne faut surtout pas faire d’emblée ?
    Puisque la sanction demande réflexion, créativité, d’y réfléchir à plusieurs et de prendre un peu de temps, éducateurs, parents, adultes en général, sachez ne pas réagir à chaud à la transgression ! Sinon il n’en ressortira qu’une punition bête et méchante ! Dites aux enfants que leur acte nécessite une sanction et que vous devez en parler avec votre conjoint, par exemple, et qu’elle leur sera annoncée à tel moment précis (pas dans un mois non plus !). Pendant ce temps, vous pouvez inviter les enfants à réfléchir à comment ils vont faire pour réparer et qu’ils vous le fassent savoir.

    Merci pour cet espace de paroles et au plaisir de vous lire…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *