La tête haute, un film réaliste ?

la tête haute

Avant la sortie de ce film, je me disais : sera-t-il cliché, sera pas ? Est-ce que cela va refléter nos métiers ? Oh non sûrement encore un film bidon en mode Pascal le grand frère… Comment peut-on mesurer toute la complexité d’une situation et d’un accompagnement, avec ses déboires judiciaires, dans un film ?

J’ai hésité à le regarder, car j’ai lu une critique acerbe de Celia Carpaye sur le magazine lien social, qui ne m’a pas trop donné envie de le voir.

Finalement, ça y est, je l’ai enfin vu, et l’ai beaucoup aimé, et mon amoureux, qui n’est pas du tout dans le social, aussi.

On y retrouve le parcours d’un jeune qui a eu des carences éducatives importantes,  et qui lutte contre ce qu’on essaye de mettre en place avec lui, contre le moindre lien qui pourrait être trop fort (et donc brisable) comme beaucoup d’enfants que l’on nomme parfois en réunions « profil abandonnique« .  Des jeunes qui mettent leurs projets en échec, qui sont révoltés, qui ont du mal à gérer leurs émotions, qui au fond voudraient tant de choses, mais n’y arrivent tout simplement pas, à cause d’un vécu lourd qui les a mal construits.
Des jeunes, qui s’attachent tant bien que mal, sans pouvoir trop l’exprimer ni le montrer.

Tout le vocabulaire type du placement y est, d’ailleurs, je ne sais pas comment le public non travailleur social s’en est sorti avec tout ces AEMO, CEF, CEF, PJJ et compagnie.

Questions clichés, les traits de certains personnages sont certes sûrement grossis, ça reste un film, pas un documentaire. En ce qui concerne la maman, par exemple,  je me disais « tiens on dirait un peu madame Trochon, et là ça me fait penser à madame Birdule ».
L’éducateur du film, lui, ne représente pas non plus l’éducateur type, c’est un professionnel parmi d’autres, avec une enfance douloureuse. J’ai pu observer que lorsqu’on s’intéresse au vécu des éducateurs, en formation ou en poste, on s’aperçoit que souvent qu’ils ont traversé des choses difficiles, ou connaissent des personnes en  grande difficulté ou handicapées dans leur environnement proche. Je trouve que L’éducateur qui a lui même été placé enfant n’est pas si cliché que ça.

Certes, il ne montre pas la profession sous son meilleur jour, car il dépasse largement les bornes (attention spoiler : si si envoyer la tête d’un jeune dans une vitre c’est dépasser les bornes pour ceux qui en doutent). Et je me demande si Pascal le grand frère laisserait des jeunes fumer dans sa voiture ? Nan hein ? Y fume pas et y chiale pas dans les bureaux des juges, Pascal, ha ha.
Mais bon, quel éducateur n’a jamais dépassé les bornes avec ce genre de public, même un peu ? Un public usant il faut l’avouer, qui met souvent nos nerfs à vif, aiguise ou épuise notre patience et nous pousse à la réflexion sur l’autorité.

Que celui qui a déjà travaillé avec un public adolescent en accueil d’urgence, CEF, CER ou ITEP n’a jamais réalisé une contention ou une façon de tenir un jeune trop violente, qui n’a jamais hurlé en pensant que c’était de l’éducatif, qui n’a jamais fumé en présence d’un ado, ou qui n’a jamais posé une sanction complètement inadaptée me jette la première pierre (aie). Tout comme le parent parfait n’existe pas, l’éducateur parfait non plus.
(Ce n’est pas pour cela qu’il faut en conclure que parfois, certains jeunes ont « besoin » qu’on leur rentre dedans, ou qu’on leur crie dessus, ou qu’on les plaque contre un mur, je suis absolument contre cet avis, et c’est un thème qui me porte à cœur et dont je reparlerais.)

Je n’en dirais pas plus, et je vous invite à regarder ce film, vous pouvez m’envoyer un petit mail si vous ne savez pas où le trouver 😉

Pour aller plus loin

Je vous propose également ma playlist « Travail social – foyers pour enfants », où le documentaire centre spécial pour filles rebelles nous ouvre le monde de jeunes filles placés en CEF (centre éducatif fermé) et de leur équipe éducative.

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