Les éducateurs et la punition

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Alexandre s’est disputé violemment avec Thomas, ils ont échangé des coups. Justine a giflé Karine, elle en a encore la trace. Kévin a dit que Ahmed était un gros fils de pute, qu’il allait le niquer… Marco est rentré à 4h du mat de sa fugue.

Dans leurs structures : MECS, ITEP, IME, Foyer etc. , ils ont transgressé les règles . Alors Sylviane, Dominique, Marc ; les éducateurs, l’ont décidé : la punition doit tomber. Parce qu’il faut faire un rappel à la loi, un rappel du règlement, leur montrer qu’il y a des limites, bordel, et un cadre à respecter, et qu’à toute transgression, il y a une conséquence.

Alors quoi, une petite exclusion ? Des lignes ? Quelques bonnes heures de retenues, que ça les fasse bien chier ! Il ne nous a pas menacé, mais une petite clé de bras bien faite pour lui faire monter les escaliers, il va voir qui est l’éduc ici !! Une entrevue avec Mr Julieran, le chef de service ? Il leur gueulera bien dessus et leur dira qu’il est déçu, fâché, et que c’est INADMISSIBLE. Interdiction de sortie pendant une semaine ? (il verra sa mère dans deux semaines…ça va ho). Et pis il ne mangera pas jusqu’à demain midi : fuguer et puis manger au retour, ça va pas non* !!

Et soudain, les éducateurs se rappellent ; Alexandre, Justine, Kévin et Marco sont là, dans cette  structure, parce qu’ils ont des difficultés, des handicaps, du mal à gérer leurs émotions, parfois des traumatismes, des histoires de vie difficiles, un manque d’estime d’eux-même, un sentiment d’abandon etc etc etc etc. Ils ont failli oublier, juste après d’être dit que quand même ils ont des problèmes mais ça m’explique pas tout. Heu…si un peu quand même….ou du moins ça permet de comprendre.

Observer, comprendre, analyser, accompagner, évaluer, encore et encore. Faire, faire avec, faire faire et de temps en temps laisser faire. Accompagner la transgression sans juger, sans étiqueter, sans hurler, afin que petit à petit, elle se renouvelle de moins en moins, accepter la rechute, réaccompagner. Soutenir le futur adulte et son estime de lui, accompagner en étant là malgré tout, accompagner à essayer de faire mieux la prochaine fois, à réfléchir, à faire les bons choix, à prendre ses responsabilités,  à gérer ses émotions, à communiquer avec l’autre.

Et les éducs savent au fond que les actions des enfants ne doivent pas être motivées par peur de la punition et juste pour cela, on n’éduque pas avec la peur, pas vrai ?

Punir c’est châtier, faire mal, se venger, prendre le pouvoir, faire comprendre par la douleur. On ne mord pas un enfant qui a mordu, on ne donne pas de lignes à un dyslexique qui bavarde trop, pas de retenue de 2 heures à rester assis sur la chaise à un enfant qui a des troubles de l’attention, on ne prive de nourriture.

Il est possible de sanctionner positivement, sans volonté de punir.

Il parait que les enfants, les ados, apprennent en partie par mimétisme. « Fait ce que je dis pas ce que je fais » : ça ne marche plus, pas, ça n’a jamais marché en fait je crois.

Malheureusement, l’éducateur n’est pas une machine, il est faillible, et réagit lui aussi parfois de manière inadaptée. J’ai également parfois agit de manière inadaptée, ou observé des éducateurs très mal agir sans rien dire (est ce pareil ou pire je ne sais pas).

Heureusement aussi parfois, et même souvent, l’éducateur accompagne merveilleusement bien les jeunes, avec des outils positifs, des échanges, des coopérations pour trouver de nouvelles solutions, des orientations adéquates vers une personne, un relais, une activité. Et il ne punit même plus du tout (possible c’est. Les livres de Roland Coenen tu liras, pour t’inspirer).

L’éducateur aussi peut faire des erreurs. Éduquer, ce n’est pas facile, les parents en savent quelque chose, lorsque la fessée tombe alors qu’il savent au fond que non, ce n’est sûrement pas pour son bien.

Cependant, lorsque les éducateurs font « mal », ils ont le devoir de se remettre fortement en question, car ce n’est pas seulement leur responsabilité, c’est leur métier. Celui qui punit, sans remise en question, sans culpabilité (bien utilisée), sans excuses envers celui ou celle qu’il a blessé, sans échanges, sans recherche de nouveaux outils plus adaptés, de soutiens, de nouvelles formations, sans recherche de bienveillance, alors il est peut-être un éduc-acteur, mais pas un éduc qui éduque.

*toute ressemblances avec des situations vécues n’est pas fortuite.

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