Petit rituel du couché en maison d’enfants

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Je travaille auprès d’enfants de 6 à 13 ans, dans un foyer de l’enfance. Et j’ai mis en place un petit rituel, à la fin de la journée.

Le moment du couché est pour certains, sensible : le moment où vient la solitude de la chambre, la solitude avec soi-même, le moment ou ni maman ni papa ne viendra les border, le moment où la lumière s’éteint, et les rêves commencent.

Ils veulent que la porte reste entrouverte, un tout petit peu, ou beaucoup beaucoup, ils veulent que l’on éteigne la lumière, ou ne peuvent pas s’en passer, ils ont envie de tranquillité, ou s’endorment avec la radio, attendent leur bisou du soir, leur histoire, leur moment privilégié avec un éducateur, ou se lèvent pour voir si l’éduc est encore dans le couloir avant d’aller rejoindre la chambre du copain  aller aux toilettes (mais non, j’suis pas encore allé ! Et puis j’ai bu beaucoup d’eau !).

Le rituel est un outil intéressant en travail social. Il permet de sécuriser, de structurer le temps, de marquer une étape, un moment de vie ou de la journée, de commencer ou de finir un instant, de passer à autre chose.

Exemples de rituels
Anniversaire, fête de saison, fête de départ, histoire du couché, petit chant avant de manger, réunion d’enfant du mardi, cérémonie de diplôme.

La fonction du rituel est d’apprendre à coexister, à vivre ensemble. (…) Chez les enfants abandonnés qui ont souffert d’isolement sensoriel, le manque de rituels crée une base d’insécurité. Si on ne leur propose pas un substitut affectif, ils auront peur de la vie tout au long de leur parcours. Il faut des rituels pour apprendre à se sécuriser. Le rituel «historisé» donne le sentiment de filiation. (…) Il aide à la construction de l’identité. Boris Cyrulnik (source).

Le rituel : « question du soir, bonsoir »
Ce rituel consiste en deux questions posées à l’enfant. Il s’installe avant le « bonne nuit », juste avant de sortir de la chambre de l’enfant. Si vous avez encore des choses à aborder,  ou une histoire à lire, faites le avant ce rituel.

Je leur demande :

Quel est le moment que tu as le moins aimé aujourd’hui ?

Quel est ton moment préféré de la journée  ?

A quoi sert ce rituel :

  • A ritualiser (sans blague ha ha) le couché.
  • A faire s’exprimer l’enfant sur ce qu’il aime ou non, sur ses ressentis.
  • A apprendre à faire des choix, à sélectionner.
  • A mettre en valeur la parole de l’enfant.
  • A établir un moment privilégié avec l’éducateur.
  • A marquer la séparation du soir.
  • A finir sur une note positive (le moment préféré est en dernier).

Comment réaliser ce rituel

  • La première fois, expliquez à l’enfant : à partir de maintenant, on va faire un petit rituel avant que je sorte de la chambre, si tu le veux bien, je vais te poser deux questions.  Ça s’appelle « question du soir, bonsoir ».
  • A chaque couché que vous accompagnez, asseyez-vous près de l’enfant et demandez-lui : « on fait la question du soir, bonsoir ? »
  • Posez les questions en écoute active : cela veut dire que la réponse n’est pas un support de discussion à ce moment précis, il faut juste la recevoir. Par exemple, si l’enfant vous dit « je n’ai pas aimé quand tu m’as sanctionné » entendez juste sa réponse, pas de « pourquoi ? », ni de justification, ni de discussion. Juste un oui, ou un ok, ou un passage à la deuxième question suffit.
  • L’enfant doit choisir une seule réponse, un seul moment préféré, un seul moment qu’il n’a pas aimé.
  • Aucun jugement ni moquerie envers l’enfant, même s’il vous dit « j’ai bien aimé quand je suis monté sur le toit ». Vous pourrez le reprendre à un autre moment dans la semaine, si vous le souhaitez.
  • Aucune obligation si l’enfant ne souhaite pas faire la question du soir (c’est rare, cela ne m’est encore jamais arrivée).
  • Acceptez qu’au début, certains n’arrivent pas à choisir, par exemple : « aujourd’hui j’ai touuuuut aimé » . Cela vient avec le temps.
  • L’enfant peut ne répondre qu’à une seule des deux questions : parfois il sait ce qu’il a préféré, mais pas ce qu’il n’a pas aimé, et inversement, ce n’est pas grave.

Je connais des professionnels qui font ce rituel à la fin d’une séance,  par exemple d’orthophonie ou de psychomotricité : qu’est ce que l’enfant à le moins aimé ou le plus aimé dans la séance. On peut également l’utiliser pour un bilan d’activité, ou de séjour.

Il suffit juste alors de lui donner un autre nom, le « j’ai aimé- j’ai pas aimé » par exemple. Un des enfants du foyer où je suis l’a nommé le top-flop (merci Cyril Hanouna et TPMP).

Pour aller plus loin sur les rites, voici un texte de David Le Breton : rites personnels de passage, jeunes générations et sens de la vie

5 réflexions au sujet de « Petit rituel du couché en maison d’enfants »

  1. Bonjour,
    Je trouve ce rituel intéressant, cependant dans mon cas, qui travaille avec des enfants de 3 a 6 ans en foyer, je me confronte a la problématique de la capacité de l’enfant a se rememorer sa journee complete. Une idee ? De plus, j’ai une question, au dela du rituel, quel est l’interet si on doit juste dire ok. Reprennez vous leurs propos le lendemain ?

    1. Bonjour, pour des plus petits, peut-être pouvez-vous simplifier la question. Par exemple : quel est le moment de la journée que tu as beaucoup beaucoup aimé ?
      S’il ne se rappelle plus ou n’a pas de réponse, cela n’est pas grave.
      L’intérêt de la question est d’établir un rituel, un peu comme serait l’histoire du soir. L’intérêt de la non-réponse et du non-traitement immédiat de ce qui est dit se situe dans la démarche de ce que l’on appelle « l’écoute active ». Cela permet à l’enfant une liberté de parole, un sentiment de non jugement, un moment de parole rien qu’à lui.
      C’est lorsque vous avez essayé que les enfants vous on dit « je me rappelle plus ? » Aucun n’y arrive ?

  2. Jai fait l’ensemble de mon memoire sur les rituels du coucher en MECS lors de ma formation d’ES.
    Leur place est reelement importante dans notre travail et nest pas à négliger ! Je te rejoins complètement.

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